DEVENIR UN ÉCOLO-FUTURISTE


“Créer l’éco-système de demain dès aujourd’hui”

 

Petit traité à l’égard des acteurs résilients aux changements

 

Pour devenir un écolo-futuriste, il faut avant tout comprendre quel sera le futur. Vous vous attendez à des voitures volantes? du transhumanisme ou de l’intelligence artificielle? Attendez un peu ! Vous avez loupé un chapitre !

 

LE FUTUR EST CHAOTIQUE

On peut aisément constater une accélération de l’Anthropocène (ère humaine). Les tribus nomades de cueilleurs (paléolithique) domestiquent les plantes et les animaux et se transforment en sociétés agropastorales bien établies (néolithique); les sociétés agropastorales développent des technologies telles que l'irrigation et la rotation des cultures et se transforment en technologies agricoles (antiquité); les sociétés agricoles développent de l'artisanat et des technologies de fabrication simples et se transforment ainsi en sociétés pré-industrielles (moyen-âge); et les sociétés pré-industrielles, sous l’impact des premières technologies évoluent pour devenir des sociétés industrielles (ère industrielle) dont les nouvelles technologies axées principalement sur l’information et la communication, évoluent pour devenir des sociétés postindustrielles (ère moderne). Les sociétés post-modernes commencent maintenant ! Transhumanisme? Effondrement de l’humanité? Ou décroissance volontaire?

Avec l’augmentation exponentielle de la population, accélération des innovations technologiques, réduction des cycles de vie des produits, accélération de la vitesse d’information, individus interconnectés, on constate une accélération vertigineuse de l’évolution et de l’histoire.

On se dirige donc vers un monde de plus en plus chaotique, et ce mot n’a rien de péjoratif. Un système chaotique est définie quand des différences infimes dans les conditions initiales entraînent des résultats totalement différents, rendant en général toute prédiction impossible à long terme. Ce phénomène est généralement illustré par l’effet papillon, rendu célèbre par le météorologue Edward Lorenz qui a mis en lumière l’influence d’un simple battement d’ailes de papillons sur les prévisions météorologiques telles que les déclenchement de tornade. Si un seul battement d’ailes d’un papillon peut avoir pour effet le déclenchement d’une tornade (ou empêche son déclenchement), alors il en est ainsi des battements d’ailes de tous les papillons et de toutes les activités d’innombrables créatures plus puissantes, en particulier notre espèce.

Un monde chaotique n'est donc pas nécessairement un monde sauvage. Il n’y a pas de désordre mais des ordres en perpétuel changement. Et un monde chaotique obéit toujours à des principes physiques constants.

 

PENSER LE FUTUR : la mémoire du futur

La mémoire, qui semble par essence tournée vers le passé, est en fait intrinsèquement et délibérément orientée vers le futur. Francis Eustache, dans son livre mémoire au futur s’attache à montrer que la pensée prospective s’appuie sur la mémoire rétrospective.

Le cerveau est donc une véritable machine à prédire. Pourtant, dans un contexte chaotique d’accélération de l’Anthropocène, le déni d’une partie de la population mondiale quant à l’existence du changement climatique et le piège du court-termisme propre à l’économie néo-libérale, nos capacités de prédiction sont soumises à la limite de leurs capacités.

L’incapacité à se projeter dans le futur peut compromettre l’avenir de la planète, de la vie et de l’humanité s’il ne se passe rien de radicalement nouveau dans les années à venir.

Il est donc urgent d’inventer un futur inédit et émancipateur, en faisant un pont entre le passé et le futur, entre la technologie (la modernité) et la nature (le passé).

 

LE FUTUR EST IMPRÉDICTIBLE

« rara avis in terris nigroque simillima cygno » (« un oiseau rare sur les terres, rare comme un cygne noir »). L’expression date du 1er siècle où on pensait, en Europe, qu’il n’existait pas de cygne noir et que tous les cygnes doivent être blancs. Pourtant, à la fin du 17e siècle, des explorateurs Allemands, devinrent les premiers Européens à voir des cygnes noirs, en Australie. Cette expérience démontre la fragilité de nos systèmes de pensée. Un ensemble de conclusions est potentiellement réfuté dès que l’un de des postulats fondamentaux est réfuté.

L’expression a été développée par le statisticien Nassim Nicholas Taleb. Il appelle ainsi cygne noir un certain événement imprévisible qui a une faible probabilité de se dérouler, (appelé « événement rare » en probabilité) et qui, s’il se réalise, a des conséquences d’une portée considérable et exceptionnelle. Dans un monde chaotique, en pleine accélération, ces événements ont donc davantage de chances de se produire.

Nassim Nicholas Taleb voit presque toutes les découvertes scientifiques majeures, les événements historiques et accomplissements artistiques comme des « cygnes noirs ». Comme exemples de cygnes noirs, il cite Internet, l'ordinateur personnel, la Première Guerre mondiale, la chute de l'URSS et les attentats du 11 septembre 2001.

Il cite également l’exemple d’une Dinde jusqu’au moment de Thanksgiving. Pour francisé son exemple, prenons une oie d’élevage. Tous les jours de sa vie sont heureux, elle est nourrie à ne rien faire, très bien nourrie même. Si l’on se réfère aux statistiques de tous les jours de sa vie, la prédiction de la veille où elle sera abattue et transformée en foie-gras aurait dû être un jour merveilleux comme les autres. Pourtant, elle finira dans une assiette.

A la fin du XVIIIe siècle, les prédicteurs prévoyaient, grâce aux statistiques que Londres serait recouvert d'excréments de cheval des conséquences de l’augmentation de la population. C’était avant que l’on invente le moteur qui finit par remplacer les chevaux.

A l’époque des empires grecs et romains (et des peuples celtes, germains, perses, etc.), où les populations étaient entièrement polythéistes, il était impossible de prévoir l'avènement du monothéisme (judaïque, chrétien, musulman).

Inversement, tout le monde a cru aux voitures volantes alors que le véhicule du futur risque d’être le transport en commun, le métro, train, etc. (véhicules déjà électriques depuis longtemps) à cause de l’augmentation de la population et de l’urbanité.

Rien n’est linéaire, tout est fractal ! 

Le futur dépend donc de facteurs imprévisibles. Mais il est possible d’opérer de petits changements dans le présent qui deviendront le futur souhaité. On peut inventer un moteur dans son coin et contribuer à révolutionner le monde urbain des années. On peut être à l’origine de petites sectes monothéistes isolées qui changeront la dynamique sociale d’une humanité autrefois polythéiste. On peut être un cygne noir, un papillon qui bat des ailes.

Il n’y a pas un futur, mais des futurs possibles !

QUELS FUTURS?

La théorie du cygne noir nous a démontré qu’en raison de ces événements rares, il était difficile de déterminer le futur.

Un économiste autrichien en exil aux États-Unis, Joseph Schumpeter, publie en 1942 un essai intitulé Capitalisme, socialisme et démocratie où il utilise l’expression «la destruction créatrice» pour décrire le capitalisme.

Après chaque ouragan, il faut tout reconstruire. Une petite fondation vaut autant qu’une fondation détruite donc a autant de chance de s’imposer.

Dans sa vision du capitalisme, Joseph Schumpeter désigne l’innovation portée par les entrepreneurs comme la force motrice de la croissance économique sur le long terme. Et cela implique donc une destruction de la valeur de manière spectaculaire de certaines entreprises présentes sur le marché. L’automobile a détruit l’activité des voitures hippomobiles. Les GAFAM (géants du web) ont écrasé leurs concurrents de manière vertigineuse.

Dans un monde chaotique, qui plus est capitaliste, la notion de développement durable déroute. Beaucoup doutent que l’on puisse maintenir un chemin de croissance avec des ajustements soutenables (sustainable development est l’équivalent anglais de notre développement durable) qui permettraient d’obtenir les mêmes résultats. Les plus pessimistes osent même parler de décroissance, comme un aveu d’impuissance, qui traduit une incapacité à se projeter, à penser plus loin, différemment, de manière disruptive (en anglais on utilise l’expression thinking outside the box). C’est l’effet Christophe Colomb.

Au XVIIe siècle, Jean-Baptiste Colbert, un des principaux ministres de Louis XIV, plantait la forêt du Tronçais (Allier) pour fournir le bois de la marine de 1989... Ces chênes n’ont finalement pas servi à leur usage initial car il n’y a plus de marine de bois, mais la forêt est toujours sur pied et les chênes sessiles de la forêt du Tronçais ont servi en réalité à bien d’autres usages.

LE FUTUR DURABLE EST POSSIBLE

Le monde est chaotique et subira des ouragans perpétuels.

Joseph Schumpeter en théorisant sur la destruction créatrice prédisait un effondrement du capitalisme dès la fin de la seconde guerre mondiale. Et on s’aperçoit de ses limites, tant il est basé sur l’accumulation par l’individu et non pour le groupe, ce qui n’a rien de durable.

Comme Jean-Baptiste Colbert, il est possible de prendre des décisions même si le futur incertain. Il y a des principes physiques qui restent immuables. En se basant sur cette réalité, il est possible de produire de manière durable et de manière transcendantale. Car même si le bois ne sert plus à des constructions navales, il reste une matière première encore grandement utilisée, et peut-être même sous-utilisée.

Timothée Boitouzet, architecte de formation, est à l’origine, avec sa start-up Woodoo d’une technologie brevetée qui permet de rendre le bois deux à trois fois plus rigide, imputrescible, étanche, plus résistant au feu, mais aussi transparent ou translucide selon l’essence utilisée. Pour se faire, il convient de prendre du bois et d’en extraire la molécule, que l’on appelle la lignine. Ce composant est ensuite remplacé par une résine végétale qui durcit à l’intérieur du squelette du bois, ce qui remplace l’air présent de base dans le bois (60 à 90% du bois est composé d’air) et permet de renforcer les liaisons atomiques entre les fibres. L’aspect transparent ou translucide est, quant à lui, obtenu grâce à la cellulose qui est un matériau cristallin et qui permet donc de laisser passer la lumière.

Entre 2011 et 2013, la Chine a consommé plus de ciment que les Etats-Unis pendant tout le ⅩⅩe siècle. Face à l’épuisement des ressources, le futur se trouve donc dans les matériaux qui poussent seul. Et le bois est le seul qui présente cette caractéristique. (image Woodoo)

Tout est donc possible quand on se permet de penser en dehors des sentiers battus (thinking outside the box).

Le recyclage du plastique permet aujourd’hui d’appliquer le principe de réalité en utilisant des matériaux plastiques qui ont déjà été produits, de manière fractale. Ainsi, rien ne destinait les objets plastiques usagés à devenir des vêtements.

Les fibres biodégradables permettent également d’obtenir un système fractal où les fibres issues du bois peuvent soit retourner à la terre et la nourrir, soit être recyclées et réutilisées.

Il existe désormais des technologies qui permettent de séparer et extraire les fibres cellulosiques des vêtements des fibres comme le polyester. Donc un recyclage est désormais possible.

 

LA NATURE, L’ENVIRONNEMENT

Aujourd’hui, la biomasse des fourmis est aussi importante que la biomasse des êtres humains. Les fourmis peuvent se rassembler par millions. Les fourmis font de l’architecture à travers leurs galeries. Les fourmis pratiquent l’élevage de pucerons. Tout le monde est d’accord que les fourmis font partie de la nature. Alors l’être humain fait partie de la nature. Le béton fait partie de la nature, de notre environnement.

D’un côté s’opposent ceux qui veulent préserver l’environnement tel qu’il est, c’est-à-dire bétonneux et ceux qui veulent rétablir un environnement tel qu’il était avant l'anthropocène (ère humaine). Le problème, c’est que les deux cas de figure mettent en péril l’espèce humaine.

La particularité première des fourmis, comme beaucoup d’insectes sociaux, c’est l’échange d’informations. Nous sommes des mammifères sociaux, des primates sociaux et nous avons besoin de nous rencontrer (transports), d’échanger des informations (internet, télévision). Le tout est de continuer à faire partie de la nature, car la nature s’en sort toujours. Il n’y a qu’à voir comment la nature reprend son droit à Tchernobyl.

La nature est chaotique. La nature a une puissance de destruction créatrice auquelle nous devons nous adapter sans cesse.

 

DEVENIR ÉCOLO-FUTURISTE

La seule certitude que l’on a sur le futur, c’est qu’il est incertain.

Malgré tout, il y a des principes physiques immuables. De la même manière qu’il est plus probable d’imaginer un futur où le transport dominant est le transport en commun plutôt que la voiture volante, qu’il est plus probable d’imaginer un futur où la construction est basée sur le bois plutôt que le ciment, il est également bon d’imaginer un monde où le vêtement du futur est un vêtement utilisant des matières recyclées et/ou biodégradables.

Aristote distinguait trois formes de connaissances. L’epistemè, la connaissance du monde, a donné naissance à la sciences. C’est notre vision de la nature. La technè, la façon d’agir sur le monde, a donné naissance à la technologie. C’est ce que nous construisons avec la nature. Et il ne faut pas oublier la phronesis, l’éthique de l’action. Tout l’enjeu des acteurs du changement est d’impacter le monde par une éthique, un cheminement collectif et empathique.

Les acteurs résilients au changement se forgent un corps et un mental d’athlète, un esprit créateur et entrepreneurial avec un souci d’éthique. Le rôle de Natteka c’est de proposer un style de vie, une manière de reconnecter corps et esprit, nature et technologie avec des vêtements polyvalents et intemporels.